Au Sahel, l’aide au développement peine à s’organiser

Au Sahel, l’aide au développement peine à s’organiser

Engin OZER Engin OZER
27/04/2018
0

27.04.2018 - Pretoria / La lutte contre le terrorisme islamique dans la région du Sahel a unifié l’Europe et la communauté internationale dans son ensemble. C’est sur la collaboration militaire du G5 Sahel que se braquent tous les regards.

 Lors d’une conférence des donateurs à Bruxelles, en février, 423 millions d’euros ont été récoltés pour la force militaire du G5 Sahel, dirigée par cinq pays africains. Depuis des années, des groupes terroristes djihadistes sévissent dans la région, qui s’étend de l’océan Atlantique à la Mer rouge. La mission militaire n’est cependant qu’une facette des opérations.

 Avant l’arrivée des groupes terroristes, les cinq pays du G5, le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger, étaient déjà parmi les plus pauvres du monde, avec un taux de pauvreté oscillant entre 40 et 50 % de la population. Pour eux, développement et sécurité doivent aller de pair. Outre l’opération militaire, leur objectif est d’améliorer la coopération au développement dans le Sahel.

 Pour le moment, les donateurs principaux, surtout en Europe, sont d’accord. Le Sahel est l’une des régions les plus importantes pour l’Europe d’un point de vue géostratégique. C’est aussi un point de convergence des routes migratoires de l’Afrique subsaharienne avant la Méditerranée.

 « Il ne s’agit pas seulement de sécurité, mais aussi de développement », confirme Federica Mogherini, Haute Représentante de l’UE. « Les conditions de la sécurité ne peuvent être réunies sans développement social et économique, et cela passe notamment par des opportunités pour les jeunes et les femmes. »

 L’Alliance Sahel, formation pensée par Emmanuel Macron, a été lancée en juillet 2017. Il s’agit d’une initiative commune de l’UE, de l’Allemagne, de la France, de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement et de l’ONU. C’est l’Agence française de développement qui aide l’Alliance à s’organiser.

 Depuis, l’Italie, le Luxembourg, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite ont également décidé de financer les actions de l’Alliance. Ils ont récemment été rejoints par une série de nouveaux pays, notamment dans le nord de l’Europe.

 Pourtant, près d’un an après son lancement, l’Alliance n’est toujours pas opérationnelle. Ses travaux devraient commencer officiellement après une réunion de l’Union africaine en juin, en Mauritanie. Les projets se mettent en effet en place avec une lenteur douloureuse.

 « La grande question est de savoir si cela change les choses. Nous devons faire plus que lancer quelques projets, nous devons vraiment nous investir », estime Friederike Röder, directrice de l’ONG ONE France.Les fonds de l’Alliance serviront à financer 500 projets dans les pays du G5. L’accent sera mis sur l’emploi des jeunes, le développement rural, la sécurité alimentaire, l’énergie et le climat, la gouvernance, et  l’accès aux services de base.

 À ce jour, les financements ont cependant été promis de manière temporaire et bilatérale. Les cinq capitales concernées voudraient cependant trouver une solution pérenne sous l’égide des Nations Unies. Ils estiment que la situation de la région s’est aggravée suite à la crise libyenne, elle-même partiellement causée par les interventions occidentales.

 Leur principal obstacle à ce niveau sont les États-Unis. L’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) dédie environ 290 millions d’euros à « combattre les causes profondes du conflit », assure Christopher Runyan, administrateur assistant adjoint de l’organisation, à Euractiv. Washington refuse cependant de maintenir le statut bilatéral des donations, hors du cadre de l’ONU.

 Les promesses financières de l’UE sont également floues. L’Alliance entend financer 7,5 milliards d’euros de projets d’ici 2022. Nouvelles donations ou de la réallocation de ressources existantes, la provenance de cet argent n’est pas clair.

 La France et l’Allemagne souhaitent utiliser le plan d’investissement externe de l’UE, que la Commission souhaite renforcer dans le prochain budget à long terme, comme outil pour encourager les entreprises privées à investir dans la région.

 Le Fonds fiduciaire européen pour l’Afrique, qui pèse quelque 3,4 milliards d’euros, a été mis en place pour contrer la crise migratoire. Il pourrait également servir à l’Alliance pour le Sahel.

 L’initiative ne peut cependant pas être menée seulement par les donateurs. « Si les pays du G5 Sahel ne participent pas activement, cela ne fonctionnera pas », Friederike Röder, qui ajoute qu’ils devront aussi participer au financement de l’Alliance.

 La directrice de ONE France espère également qu’Emmanuel Macron et les autres dirigeants respecteront toutes leurs promesses.

 « Il faut être clair en ce qui concerne les coûts et les besoins des habitants de la région », indique-t-elle. « Un des objectifs [de l’Alliance] est de créer 1 million d’emplois d’ici 2022. En réalité, il faudrait en créer 760 000 par an. »

 Si la France est aussi impliquée, c’est qu’elle ne veut pas que l’opération Barkhane, sa propre mission militaire au Sahel, s’éternise, avec les coûts que cela supposerait. Assurer des objectifs militaires et de développement serait donc un soulagement pour Paris.

euractiv.fr

Conseillé par Lazard, le Mozambique veut financer des projets gaziers par levée de fonds
Au Mozambique, des élections générales sous haute tension

Commentaires

Vivre un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.